Il arrive que l’on se retrouve seul dans une pièce familière, entouré d’objets qui paraissent soudain distants. Le silence s’installe, et avec lui, une sensation de poids sur la poitrine, comme si les mots qui tourbillonnent à l’intérieur refusaient de franchir les lèvres. On sait que quelque chose appelle à être dit – une fatigue accumulée, un doute qui ronge les bords d’une journée ordinaire – mais l’effort semble insurmontable. C’est ce moment où l’on se replie, où l’isolement devient une habitude discrète, presque confortable, parce qu’elle évite le risque de mal s’exprimer ou d’être mal compris.
Pourtant, ce silence n’est pas une fin en soi. Imaginez que, sans forcer, vous tendiez la main vers un appareil qui diffuse de la musique. Pas n’importe quelle mélodie, mais celle qui, par le passé, a déjà effleuré cette même lourdeur et l’a adoucie, ne serait-ce qu’un instant. En laissant les notes s’infiltrer, vous remarquez comment elles redessinent le contour de ce qui pèse : ce n’est plus une barrière impénétrable, mais un fil tendu entre ce que vous ressentez et une forme de clarté naissante. Ce geste simple – appuyer sur un bouton, s’asseoir et écouter – crée un espace où l’intériorité peut se déployer sans jugement hâtif. Et si vous jouez d’un instrument, même maladroitement, les sons qui en sortent deviennent un écho fidèle de cet espace, renforçant le sentiment que votre voix, sous quelque forme qu’elle prenne, mérite d’être entendue.
Cette ouverture, ancrée dans l’instant, ne résout pas tout d’un coup. Elle invite plutôt à une continuité : demain, le lendemain, ces petites expressions – une phrase murmurée, un air fredonné – accumulent une solidité intérieure. Elles transforment le silence en allié, un point de départ pour avancer avec une assurance plus juste, jour après jour.




