Vous vous levez un matin, passez devant le miroir de la salle de bains et votre regard s’attarde sur ce pli au coin de l’œil, ou sur cette courbe que vous n’aimez pas vraiment. C’est un geste banal, presque automatique, qui déclenche une petite vague de malaise. Vous vous demandez pourquoi cela ne pourrait pas être différent, plus net, plus conforme à cette image idéale qui flotte quelque part dans votre esprit. Ce n’est pas la première fois, et cela pèse souvent plus qu’on ne le croit, comme une friction discrète qui trouble le début de la journée.
Cette tension, elle vient souvent d’un regard tourné vers l’extérieur, vers ce que les autres semblent avoir ou ce que l’on imagine devoir être. Elle installe une distance entre vous et ce corps qui vous porte, jour après jour. Vous pourriez laisser filer ces pensées sans y prêter attention, mais elles reviennent, insidieuses, et finissent par colorer les heures qui suivent. Le corps, alors, devient un adversaire plutôt qu’un allié, un terrain de reproches constants qui épuise sans rien résoudre.
Et si, dans cet instant précis devant le miroir, vous ralentissiez juste un peu ? Au lieu de cataloguer les défauts, portez votre attention sur ce que ce corps vous offre, là, maintenant. Vos mains qui tiennent la tasse de café encore chaud, capables de saisir un objet avec précision ; vos jambes qui vous emmènent vers la porte, solides pour affronter la marche quotidienne. Ce n’est pas une dénégation des imperfections, mais un recentrage sur les faits simples : ce bras qui enlace un proche, ce dos qui soutient vos efforts prolongés. En vous attardant sur ces réalités concrètes, les jugements habituels perdent de leur emprise, et une clarté émerge, presque naturellement.
Cette façon de voir n’efface pas les doutes du jour au lendemain. Elle s’installe progressivement, à travers ces petits moments où vous choisissez de noter mentalement ce qui fonctionne, ce qui vous sert fidèlement. Par exemple, après une promenade où vous ressentez pleinement la fluidité de vos pas, accordez-vous un instant pour savourer cette sensation, sans la minimiser. Cela crée une boucle subtile : plus vous revenez à ces expériences positives, plus elles se renforcent, et plus le regard sur vous-même s’affermit. C’est une progression discrète, ancrée dans le quotidien, qui transforme la confiance en quelque chose de tangible, pas en un idéal lointain.
Au fil du temps, ces instants s’additionnent. Ils ne forment pas une rupture avec le passé ou l’avenir, mais un soutien stable pour avancer. Vous vous surprenez à aborder les journées avec une présence plus juste, libérée de ce bruit intérieur constant. Le corps, alors, redevient un compagnon ordinaire, fidèle, qui vous accompagne dans la durée sans exiger de transformations radicales. Et dans cette fidélité tranquille, une sérénité se dépose, prête à se prolonger.




