Vous marchez dans un couloir animé, peut-être au bureau ou dans une école, et vous surprenez une conversation acerbe. Des mots lancés comme des flèches, pas physiques, mais qui piquent l’air et s’accrochent quelque part en vous. Vous les reconnaissez, ces échos : un collègue rabroué, un ami qui se tait soudain, ou même un souvenir qui remonte, une remarque d’autrefois qui a laissé une marque invisible. Ce n’est pas la douleur brute qui dure, c’est cette érosion discrète, cette façon dont les paroles maladroites s’infiltrent et redessinent ce que l’on pense de soi.
Il arrive que l’on porte ces phrases comme un poids quotidien, les laissant dicter une hésitation, une retenue qui freine les gestes simples. Vous sentez cette friction intérieure : d’un côté, l’envie de répondre, de se défendre ; de l’autre, la crainte que cela ne ravive tout. Et si, au lieu de revivre la scène en boucle, vous vous arrêtiez là, dans l’instant où le bruit s’estompe ? Observez comment ces mots, une fois posés, ne définissent plus l’essentiel. Ils disent plus sur celui qui les prononce – sa fatigue, son insécurité – que sur la personne visée. En les voyant ainsi, détachés de leur venin originel, vous commencez à les laisser glisser, sans les ignorer, mais en les remettant à leur place : des nuages passants, pas la carte du terrain.
Ce petit ajustement, ancré dans le présent, ouvre une brèche. Imaginez que vous choisissez alors une parole mesurée, un encouragement discret envers quelqu’un d’autre dans la même pièce. Peut-être un “Je vois que c’est dur, mais vous avez raison de persévérer” lancé à voix basse. Et voici ce qui se passe : cette action, si modeste, renvoie une onde positive, non seulement à l’autre, mais à vous-même. Vous remarquez le soulagement dans un regard, le nœud qui se dénoue un peu, et cela renforce l’idée que vos mots peuvent construire, pas seulement détruire. C’est un pas qui s’ajoute à d’autres, jour après jour, formant une trame plus solide où la résilience se tisse dans ces choix quotidiens, sans forcer, mais en s’appuyant sur ce qui est là, maintenant.
Au fil du temps, ces instants ne s’isolent pas ; ils se lient, comme des appuis successifs sur un chemin que l’on trace avec plus de justesse. Vous avancez, non pas en effaçant les égratignures passées, mais en les intégrant à une présence plus claire, plus stable.




